Utopia Picta

Pratiques analogiques dans la ville composite

Une expoition proposée par Nicola Braghieri, Reda Berrada, Filippo Cattapan, Filippo Fanciotti, enseignants à l’EPFL, membres de LAPIS, Laboratoire des Arts pour les Sciences.

4 juin – 3 juillet 2026
Cabinet de dessins
Vernissage jeudi 4 juin à 18:00

La célèbre carte de Rome gravée par Giovanni Battista Nolli en 1748 constitue le fondement du palimpseste graphique sur lequel les étudiants de l’École polytechnique de Lausanne ont accumulé, année après année et strate après strate, les visions urbaines issues de Utopia de Thomas More, de Civitas Solis de Tommaso Campanella et de New Atlantis de Francis Bacon. Les architectures et les lieux décrits dans ces trois romans majeurs des utopistes de la Renaissance constituent le point de départ d’une réflexion sur la relation entre texte et image, et plus précisément sur la correspondance, problématique et différenciée, entre les descriptions littéraires de diverses sociétés idéales possibles et les visions et représentations contemporaines de la ville.

Rome, cité composite, syncrétique et multiforme par excellence, se présente comme un champ concret dans lequel des éléments hétérogènes par leur matière, leur forme et leur fonction trouvent une inscription précise dans l’espace. Sur cette base topographique se déploie une promenade figurative dans laquelle les fragments urbains dessinés en plan se traduisent en vues et s’accumulent comme des souvenirs imaginaires à l’intérieur d’un cabinet de dessin. L’esprit de la littérature utopique, visionnaire et abstraite par nature, est ainsi assumé comme point de départ pour construire une image possible de la ville. La méthode consiste à traduire les textes en figures architecturales, elles-mêmes composées à partir de formes et de fragments issus des répertoires de l’histoire de l’architecture et de l’art pictural. Ces figures sont traduites en image à travers la composition de vues perspectives à la manière de vraisemblables capricci.

Le premier moment consiste en une lecture comparée des trois œuvres fondatrices du genre utopique. D’Utopia, de Civitas Solis et de New Atlantis sont extraites les indications permettant d’orienter le dessin : lieux, édifices, infrastructures et formes construites de la vie collective. Le texte devient ainsi le principe d’une narration figurative.

Le deuxième moment relève d’une construction par analogie. Les descriptions des cités idéales sont mises en relation d’affinité avec des formes tirées du réel : plans, types architecturaux, fragments de traités, images de la tradition figurative. L’analogie permet d’identifier, au sein de ce répertoire, des figures vraisemblables capables de donner corps aux images littéraires et de les inscrire dans une structure urbaine reconnaissable, possible, et cohérente.

Le troisième moment concerne le plan de la métaphore et de l’allégorie. Les architectures ainsi construites rendent visible une idée de la ville et de la société : la composition acquiert un caractère symbolique dans lequel chaque élément participe d’un discours plus vaste, excédant sa propre signification. Rome, dans sa structure stratifiée et dans la coexistence de parties hétérogènes, devient le modèle concret d’une construction par fragments, où la forme naît de l’accumulation continue d’ajouts successifs et de la reconfiguration cyclique de l’existant.

L’opération de dessin se définit à partir de ces trois moments fondamentaux. La planimétrie topographique du tissu bâti et de ses monuments constitue le support sur lequel les fragments sont insérés, superposés et recomposés à travers des techniques de collage et d’assemblage. Dans ce processus, la relation entre morphologie urbaine et type architectural se manifeste comme un principe unitaire : analogie et allégorie déterminent le choix et la signification des formes, tandis que les pratiques de composition additive en permettent la disposition au sein de la structure de la ville.

La référence à Roma interrotta de Giulio Carlo Argan oriente enfin la méthode et l’approche opératoire. La nature archéologique de Rome exige une compréhension avant tout formelle, dans laquelle la fragmentation apparaît à la fois comme condition essentielle de la ville contemporaine et comme instrument pour affronter la possibilité de son projet. Argan observe que Rome devient « interrompue » dès lors que l’on cesse de l’imaginer pour se limiter à la planifier. D’où la nécessité d’un renversement qui, grâce à l’imagination, permet de penser à nouveau la ville comme un répertoire vivant et intemporel sur lequel le projet peut et doit être réexercé.

Liens

Contact

Jessica Auroux
Directrice de la diffusion de la culture architecturale
courriel
Tel. 04 77 42 35 48

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